Très pratiquée en France, la pêche réunit des amoureux de la nature. Cependant, il peut sembler paradoxal d’aimer autant la faune et la flore, puis d’attraper des poissons au bout de sa ligne et de les rejeter à l’eau avec une bouche entaillée par un hameçon, ou alors de les ramener pour les manger.

Agir ainsi est néfaste à la biodiversité. Heureusement, de nouvelles tendances émergent, comme le « no-kill ».

La pêche intensive n’est pas la seule nuisance

Quand on parle de biodiversité et de pêche, la pêche intensive est tout de suite pointée du doigt. Cela est normal, tant elle a un impact négatif sur l’environnement. Si vous suivez un peu les actualités, vous connaissez sûrement les polémiques liées à la pêche intensive du thon rouge.

D’un côté, il y a des pêcheurs qui ont besoin d’attraper des tonnes pour pouvoir vivre décemment de leur métier, et de l’autre, il y a la réalité : les procédés actuels mènent à la disparition de l’espèce. Des quotas au niveau européen ont donc été mis en place, sans pour autant satisfaire toutes les parties concernées.

Cependant, ce serait se voiler la face en pensant que la biodiversité n’est menacée que par les professionnels. En 2015, le nombre de pêcheurs en France a augmenté une nouvelle fois pour atteindre plus de 1,5 million de licenciés. De plus, contrairement à ce que pensent habituellement les personnes ne connaissant pas le domaine, le public est jeune puisque 23% des propriétaires d’une carte de pêche sont mineurs.

Avec un tel nombre de pêcheurs autour de nos cours d’eau et une relève assurée, la pêche de loisir doit aussi être régulée ou tout du moins, être faite avec éthique.

L’Etat régule déjà

La pêche n’est pas ouverte à tous et n’importe comment. Il est obligatoire d’avoir une carte officielle de pêche et de respecter les périodes d’ouverture (à l’instar de ce qui se fait pour la chasse), les horaires et les lieux.

Il est interdit de vendre ses prises. Tout poisson pêché par un particulier est obligatoirement destiné à sa consommation personnelle.

Des arrêtés sont également pris selon les années et les régions pour spécifier la taille minimale des prises et la quantité maximale de poissons autorisées. En faisant cela, l’Etat n’autorise pas la pêche de jeunes poissons et le prélèvement trop important.

Malheureusement, ces quotas ne sont pas toujours respectés et les moyens de contrôle restent limités. Il y a des gardes forestiers, mais vous imaginez bien qu’il leur est impossible de contrôler tous les pêcheurs. Quant à ces passionnés, il est compliqué pour eux de se restreindre, encore pire, d’arrêter parce qu’ils ont atteint le quota alors qu’ils ont encore envie de passer du temps au niveau du cours d’eau.

Afin de respecter à la fois la biodiversité et cette envie de continuer la pêche, le principe du « no kill » est né.

Qu’est-ce que le « no kill » ?

Comme son nom l’indique, la méthode est faite pour ne pas tuer le poisson. Mais, attraper et relâcher un poisson était déjà une technique courante. Cependant, les pêcheurs, ou tout du moins une grande partie, ne s’intéressaient peu au sort de l’animal et le rejetaient parfois dans un état déplorable, ce qui signifiait une mort certaine.

On retrouve principalement cette philosophie de no-kill chez les carpistes confirmés et les pêcheurs à la mouche. Elle entre dans le cadre d’une pratique liée au plaisir ou à la compétition, et non pour manger.

Avec le no-kill, l’hameçon est « écrasé » afin que le poisson ne s’abîme pas la bouche. De plus, le simple est privilégié aux hameçons doubles et triples. Le taux de survie est élevé (plus de 90%). Une fois le poisson attrapé, le pêcheur le manipule ensuite avec précision et rapidité. En effet, moins le poisson passe de temps à l’air libre, moins il souffre ou panique. Encore mieux, il est possible de ne jamais le mettre en dehors de l’eau grâce à une épuisette.

En France, il existe de plus en plus de cours d’eau où le principe du « no kill » est obligatoire. Généralement, la règle est indiquée via des panneaux de signalisation.

Les pratiques du street fishing sont également partisans du no-kill. Le street-fishing, discipline plébiscitée par les jeunes pratiquants, consiste à partir dans les rues avec son matériel de pêche et à alterner les spots selon les opportunités et envies. La pêche devient alors un véritable espace de liberté où le résultat n’est plus la finalité.

Pour certaines associations, si cela est mieux que la pêche traditionnelle, le « no-kill » est toujours trop traumatisant pour le poisson. Certes, il est relâché mais son état mental, on sait tous que les poissons sont fragiles et cardiaques, laisse à désirer. Malgré tout, aucune étude n’a été menée sur l’avenir des poissons pris par ces pêcheurs et sur le papier, la méthode semble respecter au mieux la biodiversité.