L’idée est loin d’être nouvelle, et elle a fait couler beaucoup d’encre depuis que les précurseurs l’ont émise…et si nos voitures de demain roulaient à base d’algues ?

Cela semble révolutionnaire pas vrai ? Étonnant, un poil Bullshit peut être à première vue, mais révolutionnaire !

Vous imaginez les conséquences, le carburant serait théoriquement moins cher à la pompe (tant qu’à faire), plus respectueux de l’environnement et on aurait le plaisir de voir les grands groupes pétroliers se mordre les doigts (sans doute la meilleure partie).

Mais alors, aussi séduisant que soit le principe, pourquoi traîne-t-il autant à voir le jour, alors que notre compréhension du monde et notre maîtrise de la technologie n’ont jamais été aussi évoluées ?

L’algo concept

Je vous l’ai dit, il n’y a rien de neuf, et en faisant quelques recherches sur Gogole, on tombe sur des écrits datant de 2011, voir même avant, c’est dire…alors si cette technologie n’est que vaste fumisterie pour attirer les business angels…

Le précurseur de l’utilisation des algues à l’échelle industrielle est Alexandre Saint-Yves d’Alveydre, et ce petit monsieur vivait au XIXe siècle. Il entreprit la mise au point d’applications industrielles de plantes marines, et arrêta son projet faute de capitaux.

Mais alors c’est quoi le concept ?

En fait il est très simple, il suffit de se rendre en mer pour aller capturer des algues microscopiques invisibles à l’œil nu à l’aide de filets évidemment infiniment fins. Évidemment, on procède un peu à l’aveugle, car il existe là dedans une infinité d’espèces d’algues, mais nous, seulement une vingtaine nous intéressent…celles riches en lipides.

On les appelle les algues oléagineuses, et certaines championnes peuvent contenir plus de 50% de lipides rendez-vous compte. Qui dit lipides dit que l’on peut en extraire de l’huile, la clé pour fabriquer de l’alguocarburant.

Une fois kidnappées, on place les algues dans un photobioréacteur pour qu’elles continuent de croitre et produisent un max de lipides; Un photobioréacteur est un bien grand mot, dites-vous que c’est un gros tube sur lequel on projette de la lumière pour utiliser l’énergie de la photosynthèse.

OK on a donc plein de micros algues bourrées e lipides, et après ?

Après on mélange avec du solvant pour récupérer les lipides intéressants, une fois que l’on évapore le solvant, il ne reste que la précieuse huile.

Ne reste plus qu’à la transformer en biocarburant, à coup de “cuisine chimique”. On mélange cette huile d’algue avec de l’alcool à hauteur de 10% et on y ajoute un catalyseur, substance qui accéléra la réaction.

Au bout de quelques heures, “paf”, cela ne fait non pas des “chocapics”, mais du biocarburant, ou plutôt de l’algocarburant : plus respectueux de l’environnement !

En quoi est-ce vraiment mieux pour l’environnement ?

Eh bien en théorie, comme les algues se nourrissent de CO2, leurs bilans carbone sont bien meilleurs que ceux des agrocarburants issus du colza ou de la canne à sucre.

Ensuite on peut éviter la concurrence avec les cultures vivrières puisque la production peut être implantée dans des zones non cultivées.

Enfin, les ressources en eau potable sont épargnées puisque c’est de l’eau de mer qui est utilisée dans tous les cas de figure.

Que des avantages en sommes.

Alors pourquoi n’en produisons-nous pas industriellement ?

Tout d’abord, il y a quelques inconvénients tout de même, à commencer par le prix. La production d’un Litre de ce carburant reste très chère, à hauteur de 10€. Prendriez-vous ce litre à la pompe à essence pour le bien de la planète s’il coute 10 fois plus que le diesel ?

Mais la recherche avance tout de même, et les chercheurs mettent un point d’honneur à :

  • baisser le cout de carburant : il faut pour cela améliorer les phases de culture et d’extraction des algues
  • sélectionner en laboratoire des souches robustes et à forte teneur en lipides
  • développer des procédés de séparation eau/biomasse (concentration en biomasse de l’ordre de 1 %) et d’extraction de l’huile moins consommateurs en énergie

Et à ce petit jeu ce sont peut-être les Espagnols qui ont trouvé la bonne formule…

Ces petits futés ajoutent des microalgues aux eaux usées. En se développant, les algues vont absorber du carbone et rejeter de l’O2 qui va favoriser l’apparition de bactéries qui elles même vont dégrader la matière organique des eaux usées. L’eau purifiée est mise à part.

On place ensuite ces microalgues et déchets dans une cuve qui les transforme en biogaz. Ce gaz, le méthane, va servir de carburant

Alors pourquoi on ne roule pas exclusivement à l’algocarburant ?

Après tout, puisque c’est possible techniquement ? Hein ?

Oui, c’est possible, plusieurs essais concluants ont même été menés à bien. Le 7 janvier 2009, un Boeing 737 a volé durant près de deux heures avec un moteur alimenté à 50 % par un agrocarburant issu de jatrophas et d’algues marines ! Ce qu’un avion peut faire, une petite bagnole devrait aussi s’en sortir les doigts ans le nez !

Et bien déjà, côté législation, cette dernière n’autorise l’utilisation d’algocarburant qu’à hauteur de 7%, comme pour tous les agrocarburants. Donc il faut le mélanger au diesel…

En ce qui concerne le prix, les avis divergent, Les estimations du coût de production industrielle divergent pas mal. Si en 2009 on évaluait le prix du litron à 10€, une entreprise canadienne quant à elle annonçait plutôt un prix compris entre 3 et 6€ du litre…déjà plus intéressant (toujours cher OK).

Plus récemment en 2015, la société Algenol donnait un chiffre très sympa de 1,30 $ par gallon, soit, tenez-vous bien…0,30 € par litre !

Bon, en réalité, on ne sait pas bien qui croire dans cette histoire. Les couts ne pourront sans doute réellement baisser que lorsque la production industrielle sera lancée, et la méthodologie parfaitement optimisée. Il faut du temps, comme pour tous. En 2008, les scientifiques estimaient ainsi à une dizaine d’années la durée d’attente avant de voir ce type de carburant dans nos stations essence…les estimations semblent foireuses…

Nous sommes encore loin de la production industrielle, et celle-ci ne pourra se faire qu’avec l’accompagnement politique de l’état ou de l’Europe. Le pétrole a encore de beaux jours devant lui en sommes.

Mais les microalgues aussi, elles fascinent de plus en plus, ayant bien d’autres qualités en poche, et un panel d’applications aussi qu’il en existe de variétés. Les Aztèques avaient tous compris bien avant nous avec leurs algocultures de spiruline comestible datant du XVIe siècle !

On n’arrête pas de vanter les qualités nutritionnelles de la spiruline, si bien qu’elle s’arrache aujourd’hui en tant que compléments alimentaires (un marché sympa de près de 4 milliards d’euros à l’échelle mondiale, tout de même).

Si elles ne font pas encore rouler nos véhicules, gageons qu’elles n’ont pas fini de faire parler d’elles…à suivre !

Sources :

https://www.sport-equipements.fr/nutrition-sportive/complement-alimentaire/spiruline/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Algocarburant